Les défis de la PAO multilingue

La localisation d'une mise en page ne se résume pas à remplacer le texte source par sa traduction. Pour atteindre les objectifs de lisibilité, conformité aux contraintes typographiques locales, cohérence avec la charte graphique d’origine et la délivrance de fichiers prêts pour impression ou diffusion, de nombreux ajustements sont nécessaires.

En effet, le passage d'une langue à une autre présente un vaste champ de défis techniques qui peuvent ruiner une mise en page et entraîner une perte de qualité perçue sur les marchés locaux. Voici quelques exemples de points de vigilance pour une localisation premium.

Le foisonnement

Une traduction peut augmenter ou réduire fortement la longueur du texte selon les langues. Un même contenu peut “gonfler” fortement en allemand ou en russe par exemple, et se contracter en chinois ou en japonais. Le foisonnement peut ainsi faire déborder des textes hors des cadres, les rendant invisibles, ou au contraire créer un vide immense déséquilibrant la mise en page. Une adaptation globale est alors nécessaire pour assurer à la fois la cohérence graphique tout au long du document avec la source et la lisibilité et l'équilibre de la langue cible. 

Les règles typographiques

Chaque langue possède ses propres conventions. La ponctuation, les césures, les espacements autour des signes, ou encore les guillemets, répondent à des règles spécifiques à chaque langue.

L'écriture RTL

La localisation d'une mise en page vers une langue au sens de lecture inversé (arabe, hébreu, persan…) demande des adaptations techniques. Non seulement il faut inverser l'ordre des pages, mais également le contenu de chaque page, la direction de chaque bloc de texte, inverser les images qui ne présentent pas d'indice de sens originel et composer avec celles dont l'inversion changerait drastiquement la cohérence visuelle (horloge, écriture, etc. : ces images ne peuvent pas être inversées, il faut alors trouver le changement subtil qui permettra de conserver la logique du master ET un rendu cohérent et non altéré pour la langue cible). Une fois l'inversion effectuée, il faut gérer la substitution de polices, les réglages de kashidas, créer des GREP pour les textes latins imbriqués afin de garder une cohérence visuelle avec la DA de la source, adapter les chiffres (variante occidentale ou orientale des chiffres arabes, chiffres persans). 

Le principal défi des mises en page en langues se lisant de droite à gauche (RTL "right to left") réside dans la gestion des contenus imbriqués. Les textes RTL contiennent fréquemment des segments en caractères latins : noms propres, chiffres, termes techniques ou anglicismes. Ces éléments se lisent de gauche à droite au sein d’un texte globalement structuré en sens inverse. Cela crée des situations complexes en mise en page, notamment lors des retours à la ligne. Sans gestion rigoureuse, un texte latin peut être coupé de manière incorrecte ou perturber l’ordre de lecture du paragraphe, entraînant des inversions ou des incohérences visuelles.

La mise en page RTL exige donc une attention particulière et une maîtrise technique précise. Elle ne tolère pas l’approximation.

Les écritures CJK

Les systèmes d’écriture chinois, japonais et coréens (CJK) imposent des contraintes typographiques et de composition spécifiques. Il est généralement nécessaire de remplacer les polices occidentales par des familles compatibles CJK, disposant des jeux de glyphes appropriés et des métriques adaptées aux idéogrammes.

La gestion des textes CJK repose sur des fonctionnalités dédiées telles que les compositeurs japonais, les règles de kinsoku shori (gestion des caractères interdits en début ou fin de ligne), le mojikumi (espacement des caractères), les furigana (indications de prononciation au placement bien spécifique), les grilles de caractères, etc.

Le coefficient de foisonnement est généralement négatif par rapport aux langues occidentales : un texte traduit en chinois, japonais ou coréen occupe souvent moins d’espace. Les idéogrammes nécessitent toutefois un corps plus important pour garantir une bonne lisibilité, ce qui conduit fréquemment à une refonte globale des styles typographiques. Les hiérarchies visuelles, les interlignages, les retraits, les espacements et parfois même la grille de mise en page doivent être ajustés afin de préserver la cohérence graphique entre les différentes versions linguistiques.

La localisation CJK peut également nécessiter l’adaptation de la ponctuation spécifique, de l’orientation des textes (horizontale ou verticale), des règles de césure et de justification, ainsi que de certains éléments graphiques afin de respecter les conventions éditoriales propres à chaque langue.

Les nombres

Les chiffres et nombres obéissent à des conventions différentes selon les langues. Certaines utilisent des systèmes d’écriture spécifiques (devanagari, arabe, khmer, thaï, chinois…), d’autres modifient les conventions de séparation des décimales et des milliers.

Par exemple : 30,205 en français devient normalement 30.205 en anglais. 
Une simple omission d'adaptation de la ponctuation peut modifier complètement la valeur : "trente virgule deux cent cinq" serait lu en anglais "trente mille deux cent cinq" si on laissait la virgule !

Dans les documents financiers ou les rapports annuels, ces éléments critiques nécessitent une vigilance particulière en phase de mise en page.

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